Serge PICAUD, Expert de la vision

Serge PICAUD est Directeur de recherche à l’Institut de la Vision, centre de recherche INSERM, CNRS et Sorbonne Universités (UPMC). L’Institut de la Vision est aujourd’hui l’un des plus grands centres européens de recherche intégrée sur les maladies de la vision.

Quelle est la mission de l’Institut de la Vision et quel y est votre rôle ?

L’Institut de la vision est un centre qui réunit sur un même site recherche fondamentale, clinique et industrielle. Notre travail vise à développer des stratégies thérapeutiques innovantes et de les porter jusqu’à la clinique.  L’une des thématiques est la restauration de la vision pour des personnes devenues aveugles.

 

Existe-t-il aujourd’hui un projet de recherche dont les résultats seront marquants dans les prochaines années pour les déficients visuels ?

Différents projets arrivent actuellement en clinique comme les nouvelles prothèses rétiniennes. Un autre grand défi est une approche alternative à ces prothèses, la thérapie optogénétique, dont les résultats cliniques pourraient s’avérer supérieurs aux prothèses rétiniennes. Il s’agit de tirer parti de protéines d’algues qui transforment la lumière en une activité électrique. Les neurones ainsi transformés pourront à nouveau envoyer des messages au cerveau humain en réponse à une stimulation visuelle.  Cette thérapie génique innovante offre de grands espoirs pour redonner une perception visuelle aux patients et elle devrait rentrer en évaluation clinique en 2017.

Avez-vous un rôle en termes de prévention ?

Nous sommes régulièrement sollicités pour des conférences grand public, des échanges avec des journalistes ou via notre site internet 1 sur des questions de prévention.

A titre d’exemple, je travaille sur la toxicité de la lumière puisque l’exposition aux fortes luminances du soleil est un facteur de risque conduisant à la dégénérescence maculaire liée à l’âge. Par conséquent, j’encourage les parents à protéger la rétine de leurs enfants par le port de lunettes de soleil ou casquettes. En effet, c’est seulement vers 14 ans que le système optique des enfants filtre les rayons toxiques aux fortes luminescences.

Que pensez-vous du projet CONNAISSENS ?

C’est une belle opération que je soutiens : tout ce qui peut sensibiliser l’opinion public au handicap visuel est positif et doit être encouragé. Nous devons également communiquer sur les innovations dans le domaine de la cécité pour que les patients reviennent dans les parcours de soin. Avec les nouvelles technologies, les patients aveugles devraient être en mesure de reconnaître un visage, lire un texte, se déplacer dans un environnement inconnu, ou plus simplement, retrouver leur autonomie dans la société.  Dans cette démarche, les politiques, le grand public et nous, chercheurs, avons tous un rôle à jouer pour faciliter l’intégration sociétale des personnes en situation de handicap visuel et les aider à reprendre leur place active dans la société.  Tout engagement pour faciliter un retour vers l’autonomie et rompre les risques d’isolement des personnes en situation de handicap visuel est pertinent.