Interview de Gérard Muller, parrain de CONNAISSENS

Gérard MULLER, non voyant, parraine la campagne CONNAISSENS, le nouveau dispositif national de sensibilisation sur les problématiques de la déficience sensorielle porté par la Fondation Harmonie Solidarités. C’est grâce à des rencontres décisives et des engagements sportifs et solidaires qu’il est parvenu à dépasser les préjugés, accepter son handicap et trouver la voie de l’équilibre et de l’estime de soi.

Sexagénaire aveugle, Gérard Muller est un amoureux de la vie qui enchaîne les défis. En 2011, à l’aide d’un Prototype de Guidage Electronique pour Aveugles, il décide de s’aventurer sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle en autonomie totale. L’une des expériences marquantes dans son long parcours fait de rencontres enrichissantes. Dernier défi en cours de préparation : la traversée du lac Baïkal en Sibérie avec 7 aveugles et sourds en février 2017.

Rencontre avec le parrain de CONNAISSENS

Gérard, vous avez découvert votre cécité à 20 ans, que s’est-il passé ?

A vingt ans, quand on vous annonce « à 50 ans tu seras aveugle et tu n’auras pas d’enfant » le choc est brutal, il donne une vision de l’avenir sombre, pessimiste et génère une attitude de repli et de déni. Ce sont les rencontres qui m’ont permis de sortir de l’ornière, de reprendre ma vie en main, de la construire de manière épanouie sur le plan social, affectif et professionnel.

Quels types de rencontres ?

La première a été avec Jean KUHN, dentiste et aveugle : un homme à la fois joyeux, sportif et très engagé dans la vie. C’est grâce à lui que j’ai pu balayer les préjugés qui m’empêchaient d’avancer, entre autres l’image de l’aveugle misérable et renfermé. Jean m’a fait découvrir le vélo et le tandem, un « médicament » extraordinaire et une thérapie efficace pour dépasser et accepter son handicap et entamer le processus de « guérison ».

Vous considérez vous comme un « super-aveugle », un héros ?

Non, mon ambition est seulement de démontrer que je suis capable de faire comme les autres sans inflation de l’égo. Mon expérience, je souhaite la partager avec tous ceux qui se cachent derrière leur handicap, repliés sur eux-mêmes. L’action et le sentiment d’utilité sont moteurs pour atteindre un équilibre de vie et retrouver l’estime de soi.

Etre utile, c’est important ?

C’est essentiel. La rencontre avec le Professeur José SAHEL, ophtalmologue à Strasbourg en a été le déclencheur. Il m’a fait découvrir le monde de la recherche sur les maladies rétiniennes et les greffes de photos-récepteurs. Grâce à lui, j’ai participé à des actions de collecte de fonds au cours d’une vingtaine de courses en tandem avec le soutien de parlementaire européen. Au cours de cette aventure, j’ai porté un message d’espoir avec le sentiment d’être utile, c’est indispensable pour avancer !

Etre le parrain de CONNAISSENS, c’est une opportunité pour porter la bonne parole ?

Je veux adresser un message aux jeunes en situation de handicap sensoriel, en particulier : ne pas s’isoler, faire des rencontres, tisser du lien social et s’engager sur le terrain de la solidarité. Oui, ce tour de France de trois ans est une belle opportunité pour dispenser ces médicaments et faire comprendre que tout individu quel qu’il soit, porte au fond de lui un handicap dont il peut faire une force de vie. Se former aux gestes de premiers secours est un pas vers l’action.